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[#61] God of War, être père ou ne pas être ?

Temps de lecture : 10 minutes


Qui es-tu ? hurle un Kratos passablement énervé devant ce mystérieux visiteur électrique qui ne demande qu’en découdre… sur ce final concluant ce véritable long plan-séquence de plus de 40h (au moins, faute de compteur implémenté dans le jeu – quel stupide manquement), le joueur peut lui retourner cette question en se demandant finalement qui es-tu… Kratos père ? Retour sur un jeu qui interroge sur le rôle de père et parfois tente des approches difficiles en raison du mode de transmission qu’est le jeu vidéo, et de surcroît, sur une licence tellement loin de la paternité à la base…. aiguisez votre hache et jetez votre manuel sur l’épanouissement personnel de votre gamin, on s’y jette !

  • Editeur : Sony
  • Dév. : SIE Santa Monica Studio
  • Sortie : 2018
  • Support : PS4 normale (1to – v.2)
  • Temps de jeu : prévoir 35h/40h pour en faire le tour (51% des trophées pour ma part, mais les complétistes ne seront pas déçus)
  • Difficulté modifiable avec 3 modes (prendre facile, sans honte)
  • Sauvegarde à la volée et automatique

Ni Dieu, ni maître et tranche toujours.

Avec Kratos on est plutôt dans une approche brutale des rapports sociaux : depuis le premier épisode que j’ai découvert sur PS2 (et fait la trilogie, hors spin-off), la série se plaît à démembrer, décapiter, écraser ou pulvériser n’importe quel PNJ qui a l’erreur de se dresser sur le chemin de notre guerrier spartiate, devenu dieu vengeur. En 2005, à sa sortie le jeu de Santa Monica Studio sous la direction de David Jaffe m’avait plu par son rythme endiablé, véritable baffe graphique sur PS2 puis PS3 avec son sens de la démesure unique (la séquence de jeu sur le dos d’un titan dans l’épisode 2, restera dans les annales) et son utilisation intelligente de la mythologie grecque.

Cette relecture revenue à la mode dans le jeu vidéo, mais aussi par la suite au cinéma (en 2007 sortira l’ultra brutal stylé « 300 » et ses guerriers spartiates bodybuildés), où l’on trouve des dieux vengeurs, imbus d’eux-mêmes et utilisant les mortels pour leurs causes. God of War demeure une critique acerbe et violente de cette adoration mystique qui fonde les civilisations, malgré la cruauté des adorés envers les adorateurs, et la résistance que certains y opposent, comme le démontre un Kratos passablement en colère de s’être fait terriblement manipulé par ces dieux cruels. Ainsi, cette série narre les conséquences du pacte faustien du spartiate Kratos avec Arès, le dieu des enfers, qui lui fit commettre l’irréparable en lui faisant tuer sa famille, et contribuant à sa quête vengeresse contre les dieux du Panthéon grec (épisode 2 et 3).

Pour se mettre dans le bain, à écouter durant la lecture...

 

 

 

Certains perdent la tête. Littéralement.

 

 

Retiré des affaires après avoir menée à bien sa mission (et je ne vous dis pas comment les dieux grecs ont pris cher), ce dernier coule une existence plus paisible à Midgard où il tente d’oublier son passé en trouvant femme et enfant.  Plus âgé et désormais époux et père, il tente de mener son fils Atreus sur une piste différente de la sienne, mais le destin le frappe à nouveau : la mort de sa femme adorée Faye. Cette dernière en guise de dernières volontés leur demande de porter ses cendres sur le plus haut sommet du lieu, devenant une véritable quête initiatique pour Kratos en tant que père, et pour Atreus en tant que futur adulte. Cette odyssée loin d’être anecdotique attire la curiosité de bons nombres de divinités locales (en même temps partir se réfugier à Midgard, pas malin le Kratos), que cela soit Odin, Thor, Baldur… . Bref, un folklore désormais archi connu grâce (?) aux films Marvel qui parlent à tous et permettent de faire la liaison (une nouvelle fois) entre cinéma/ jeu vidéo. Toutefois, si ce parti pris est loin d’être anecdotique commercialement, car  en lui donnant une certaine visibilité de l’adulte à l’ado à la différence des premiers opus, on se trouve face à une œuvre plus mature qui tente d’autres chemins, et qui parle, vous vous en doutez chers lecteurs, aux parentgamers.

 

Un jeu qui se déflore progressivement

Je dois vous avouer que l’achat de ce jeu, fut loin d’être une évidence pour ma part. Sa communication à sa sortie en avril 2018, basée sur des extraits assez violents, m’a vite lassé, me laissant à penser que désormais « je suis bien trop vieux pour ces conneries » pour reprendre l’expression favorite de mon Bro’ Hujyo. Mais alors pourquoi avoir sauté le pas ? Un prix plus abordable fin novembre (moins de 30€ lors du Black Friday) sans doute et un retour presse unanime sur la qualité du jeu, que certains membres de l’octoteam, comme Procope, approuvèrent, donc… pourquoi pas.

À mon début, l’impression n’est pas yolo, le traumatisme d’un Uncharted qui ne dirait pas son nom est de retour : que c’est beau… mais on a l’impression d’être face à des mécaniques de gameplay basiques ULTRA répétitives (une arène, on nettoie, on grimpe, on recommence…), sans parler d’une difficulté confondante me donnant un sentiment de lassitude – et surtout face au rouleau compresseur d’un RDR2  sorti le 26 octobre (1) – le jeu finit par rejoindre mon étagère dans l’attente d’une revente rapide… . Et pourtant, et pourtant… son succès auprès de bon nombre de joueurs dans les tops de fin d’année,  la fin (poussive) d’un RDR2 et surtout l’HIVER arrivant avec ses gros sabots gelés, m’a convaincu de m’y replonger. Et que j’ai bien fait.

En effet, les mécaniques de gameplay au départ poussives deviennent plus nerveuses au fur et à mesure de l’aventure : le héros, certes vieux (oh que j’ai soupiré à l’idée de retrouver le même gimmick que sur RDR2 au départ du jeu !), obtient de nouvelles compétences et surtout utilise les capacités de son fils à l’arc permettant de se jouer de ses adversaires, et casser à l’occasion des charges dévastatrices grâce à cela. Il faut reconnaître qu’il peut-être bon de baisser le niveau de difficulté, et ce sans honte cher lecteur : on reprend plaisir à jouer, à tenter des stratégies et malgré tout, cela n’empêche pas le jeu de nous rappeler à l’ordre régulièrement.

 

 

 

 

 

 

 

 

La vraie originalité du jeu : son écriture pour les darongamers

Ayant repris les rênes depuis God of War 2 en tant que game director, Cory Barlog aux manettes de la série, a voulu que cet épisode reflète aussi sa propre expérience paternelle. La présence d’un Kratos plus âgé, père de son état est aussi un lointain écho de sa propre condition, comme il en témoigna dans le passionnant article du site web Carbon publié en mars 2018 (2). En effet, lors de sa participation à la création de Tom Raider chez Crystal Dynamics, Cary Barlog a profondément été affecté de ne pas voir son fils régulièrement en raison d’un rythme de travail soutenu (crunch assumé), et ce dernier lui rendit par de nombreuses crises de colère ou pire, en rejetant ce père trop absent pour préférer sa mère. Et chers lecteurs qui fréquentent  octopaddle.fr, mis à part que vous êtes des gens de bon goût, vous voyez ce que cela peut signifier pour le joueur père de son état. Ce discours m’a séduit progressivement par la justesse du propos et l’éloignement de mes craintes vis-à-vis de ficelles narratives qui auraient pu se complaire dans une liaison père/fils gommant le personnage de Kratos, voire pire – le kawaïsant. Heureusement il n’en est rien.

 

♫ ♪ Mon père ce… connard 

Les échanges avec son fils sont durs à l’image du personnage : l’impératif remplace la tape amicale sur l’épaule (souvent la main s’arrête avant), le regard toujours froid, la remise en cause constante des certitudes de son fils nous pousse à nous interroger sur cette « éducation » hors d’âge et tellement en décalage avec nos moeurs actuelles. Combien de fois j’ai eu une exclamation devant cette froideur, face ce fils perdu (il fait un deuil tout de même), voulant prouver à son père son utilité, son mérite et que ce dernier casse littéralement. La V.O. est éclairante à ce titre (mais sans doute assez lourde à gérer durant 30h) : interpellant son fils par le sobriquet « Boy » plutôt que son prénom Atreus (comme dans la version française), on est face à une attitude lointaine, autant glaciale que les niveaux traversés. Allez c’est cadeau :

Œdipe-roi à Midgard.

Toutefois, loin d’enfermer les protagonistes dans ce face-à-face de la toute puissance paternelle vis-à-vis de son rejeton, le jeu chemine vers une lente, mais sûre évolution des protagonistes, devant les failles que chacun porte en soi : les interrogations du fils sont intelligemment amenées devant ce père mutique sur son passé malgré des éléments qui interroge Atreus : il est bien connu que chaque père est invincible et peut soulever des montagnes (littéralement dans le jeu), mais n’est-ce pas ici aussi une seconde lecture, à savoir celle de l’image du père dans les yeux d’un enfant, qui idéalise cet être qu’il craint, mais admire, véritable acteur de la nécessaire césure avec la mère nourricière (symbolique, mais aussi physique), à la fois héros, mais aussi adversaire (3). La relation est si complexe entre le père et le fils, qu’au départ j’ai opté pour un « accident » d’une nuit de notre cher Kratos assez volage de par le passé (4), et en fait le jeu nous surprend en prenant le chemin des origines. Je n’aurais pas été surpris d’un sous-titre (volontairement absent pour laisser chacun à son interprétation) « le chemin d’une destinée »… car on a beau être le produit d’une éducation ou d’un milieu, on peut se demander si les gènes transmis ne sont que physiques, et ne peuvent pas aussi transmettre des traits intellectuels, des caractères… vaste débat que la science de nos jours n’a jamais tranché, bien que certains tristes régimes politiques passés ont tenté de justifier leur délire racial meurtrier par cet argument.

Le jeu opte pour cette lecture génétique de la destinée : le fils explose littéralement plusieurs fois dans le jeu, et l’on sent le père désemparé devant le chemin pris par son fils, finalement proche du sien. D’ailleurs, le jeu prend le parti de montrer l’évolution de ce regard, par les inquiétudes du père, mais aussi la valorisation du fils plus présente dans la 2e partie du jeu, quand ce dernier fait ses preuves aux yeux de son père et surtout devant la prise de conscience de Kratos de le perdre. Santa Monica présente finement ce dualisme entre la retenue qui sied à Kratos et finalement son rôle de père qui prend le dessus : voir Kratos faire les 100 pas dans l’ascenseur en portant son fils mourant est particulièrement saisissant (sans parler de la VF bluffante, merci Frédéric Souterelle pour le doublage de Kratos). Ce soin du détail m’a littéralement enchanté, d’autant plus que tout cela est présenté avec retenue (il ne pleure pas quand même, on parle de Kratos tout de même !), puis, il devient un peu plus prévenant vis-à-vis de son fils, sans que l’on tombe dans un Kratos daddy-cool. Certes on n’est pas au niveau d’écriture d’un Interstellar de Nolan, mais pour que l’émotion retranscrite me touche, je dois avouer que j’en reste agréablement surpris.

Véritablement bonne surprise, malgré un début poussif, le jeu m’a séduit et m’a vraiment pris aux tripes lors de phases de combats violents (c’est du God of war, donc on oublie le partage avec ses propres enfants devant la télévision) et par un gameplay plus profond qu’il n’en a l’air (compétences à acquérir et à gérer dans un arbre assez vaste), et aussi un game design qui flatte la rétine et demeure intelligent : le principe du hub central est une excellente idée pour éviter de se perdre dans le jeu, tout en laissant une vaste arène à explorer. Enfin la narration est vivante (entre mythes locaux dont le jeu est abreuvé par des récits in-game plus vivants, évitant l’aspect rébarbatif de tonnes de texte à lire) portant ce dualisme père/fils avec intelligence.

 

Notes

(1) Notre retour sur Red Dead Redemption 2 est disponible ici 

(2) Père et fils. Entretien avec Cory Barlog. Carbon, 18 mars 2018 (en ligne) 

(3) Freud enlève moi ce clavier  

(4) Dédicace aux scènes de sexes malaisantes de l’épisode 3. Franchement le sexe dans le JV, ce n’est pas çà.

8
Mon fils, ma bataille.

The Good

  • narration béton
  • univers scandinave peau de bête (chacun son truc)
  • gameplay solide
  • gamedesign maitrisé juste comme il faut
  • touche la fibre paternelle du joueur
  • 40h pas trop long, pas trop court

The Bad

  • une difficulté rebutante en normal
  • début un peu poussif
  • avoir un père comme Kratos, allô la DASS ?
  • complétif au possible (chacun son truc)
8.5 Octofun ?
7.5 Adapté à la vie du papagamer ?
3 commentaires
  1. Melkiok
    16 Jan. 2019 à 14:36 -----> lui répondre

    Woo je découvre un peu l’ampleur de la mise en page de vos tests
    Il y a une notation maintenant ? 🙂
    On dirait presque un vrai site pro chapeau bas avec même un encart factuel Éditeur/Développeurs année de sortie etc

    « mais n’est-ce pas ici aussi une seconde lecture, à savoir celle de l’image du père dans les yeux d’un enfant, qui idéalise cet être qu’il craint, mais admire, véritable acteur de la nécessaire césure avec la mère nourricière (symbolique, mais aussi physique), à la fois héros, mais aussi adversaire »

    Quel lyrisme cher ami ! On voit que la mythologie nordique vous a inspiré

    Je ne suis pas père donc je n’ai pas été autant interpellé par la relation que Kratos peut avoir avec son rejeton mais j’ai trouvé ce duo touchant.
    Cet opus tranche tellement avec les épisodes précédents (système de jeu, point de vue caméra…) que hormis le point de repère « Lames du Chaos » on à l’impression d’être dans une toute nouvelle franchise.
    L’ultra violence grand guignolesque de la saga n’est plus ici la bienvenue et ma foi pourquoi pas ?

    Les 25 premières heures m’ont passionnées sans retenues
    Le reste fut un peu plus poussif et les méandres du scénario comptés dans les diverses conversations et cinématiques ne furent bientôt qu’un blabla totalement abscons à mes oreilles.
    Un chtit manque également de moments épiques comme c’était le cas par le passé MAIS dans l’ensemble je retiens avant tout un plaisir de jeu immense, une réalisation artistique ultra chiadée et au final un grand jeu 2018 pour moi

    Question subsidiaire : Tu as joué en french ? J’ai trouvé le doublage vraiment convaincant (idem pour Horizon qui était vraiment en deça en VO)

  2. octopaddaone
    16 Jan. 2019 à 14:45 -----> lui répondre

    Merci pour les compliments, on fait toujours au mieux (et étant un ayatollah du détail c’est dire), je pense qu’octopaddle c’est un peu ce magazine de JV auquel on aurait tous aimé travailler gamin 😉

    J’ai fait le jeu en Vf car franchement quel boulot de titan, on sent qu’on est face à un gros AAA comme le fut un FFXV ou Horizon aussi, un tel soin apporté aux voix, chapeau c’est vrai…. On est loin d’un éditeur HYPER fainéant qui refuse juste un VOST pour ces jeux (coucou M. Sega ou Atlus).

  3. lamyfritz
    17 Jan. 2019 à 19:59 -----> lui répondre

    Yo les gars. Bon, je n’ai pas grand chose à ajouter, ce test est très bon. PAR CONTRE, je suis obligé de répondre à la compil « BOY » (excellente) par la compil « BITCH » de Jesse Pinkman dans Breaking bad :

    https://www.youtube.com/watch?v=WVR476WHmR8

    enjoy

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