info menu pour utilisateurs de Firefox

(défilement du menu via les flèches du clavier, bug de merde)

Commentaires récents

OctoTwittos

Nos podcasts

Octo’FM

[#40] Le jeu vidéo est-il transférable à la vie réelle ?

Temps de lecture : 9 minutes


Le jeu vidéo est-il transférable à la vie réelle ? La question se pose désormais, alors que l’E-sport est de plus en plus de mèche avec le C.I.O. en vue d’une intronisation officielle aux Jeux Olympiques, que la Chine implémente le jeu vidéo en tant que matière scolaire obligatoire, et que la dimension éducative du jeu vidéo est sujet de débat pour tout parentgamer… mais aussi non-gamer… qui se respecte !

THESE : OUI, le jeu vidéo est transférable à la vie réelle.

Se pose ici la question de l’utilité du jeu vidéo dans la vie de tous les jours. Il est évident qu’à travers l’E-Sport, il est désormais possible de faire carrière dans le jeu vidéo et de se faire des biftons en tant que joueur professionnel, ce qui dépasse largement le cadre de nos fantasmes de trentenaires (bientôt quadras) quand nous étions adolescents, à savoir, devenir journaliste de jeu vidéo. Ce dernier point représentait l’horizon indépassable pour faire de notre passion naissante un métier rémunérateur – fantasme d’occidental à la con, que toute personne qui l’a réalisé vous dira qu’elle en est revenue, sauf à très haut niveau, évidemment. Ainsi, ne nous y trompons pas : dans l’E-sport, comme dans le vrai sport de compète, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Ce n’est donc pas cette facette utilitariste du JV qui nous intéressera ici. Et quand bien même on parlerait économie, finances et emplois, il est manifeste que le JV, à l’instar de la chaîne alimentaire, génère désormais tout un tas de professions satellites, qui défrayent parfois la chronique, comme on l’a vu avec le phénomène de crunch.

Non, ce que j’évoque ici, c’est une forme de transférabilité à l’échelle individuelle. Comment le JV peut-il façonner utilement notre intellect, nous amener à voir le monde autrement, voire même nous sauver la vie ? Le JV nous apporte certainement des réflexes bien réels, mais également une vision du monde – qui sait, une forme de transcendance, ou une philosophie de la vie, que nous appliquons, consciemment ou non, dans notre vie de tous les jours. Quand je joue à Starcraft 2, par exemple, j’ai des sensations similaires à celles que j’avais quand je pratiquais le karaté, qui m’a beaucoup apporté dans ma façon d’être. Autant le dire, je n’apprécie pas toujours la communauté des joueurs de Stracraft – il suffit de passer quelques minutes sur le t’chat français un jour d’élections ou d’attentat pour se convaincre du niveau d’abrutissement et/ou de l’extrémisme politique de certains – mais croyez-moi, il en était de même quand je fréquentais les cercles très « spirituels » du karaté. Il y a certainement un lien avec le fait que ce soit un jeu de guerre, qui met en scène la violence, et la fascination pour la violence. De même pour le karaté… Il y a aussi certainement un lien avec le niveau d’exigence que ces deux disciplines impliquent à haut niveau, qui rend peut-être plus intolérant. Heureusement, cette mentalité n’est pas vraie dans tous les clubs, qui prônent généralement l’ouverture au monde et le bien-être dans sa communauté. Mais se spécialiser fortement dans un savoir-faire implique l’exclusion d’autres savoir-faire, ce qui peut amener à une forme d’acceptation des limites de sa connaissance du monde, ou pire, à refuser de voir au delà.

Le JV est un marqueur psychique, et devient même facteur d’identification sociale et de clivages comme le font parfois les clubs de foot. Si, étant gamin, je me suis construit sur un tas de pixels, faisant du JV une partie intégrante de ma personnalité, je me souviens que, plus concrètement, il y a à peine dix ans, on attendait beaucoup de la Wii dans le sens où cette console permettait de se dépenser physiquement à travers des mouvements, de lutter contre l’obésité, la sédentarité, les troubles de la mémoire, le vieillissement. Un premier cap était alors franchi, dans lequel la société commençait à s’emparer des mécanismes vidéo-ludiques, dans un but positiviste clairement affiché. Qu’en est-il dix ans plus tard ?

 

ANTITHESE : NON, le jeu vidéo procède nécessairement d’une coupure avec le réel

Je ne vais pas ici rentrer dans le débat facile du jeu vidéo qui isole du reste du monde et rend dépendant, à l’instar des drogues. Cependant, il me semble que le jeu vidéo a de plus en plus tendance à vouloir s’enfermer dans sa tour d’ivoire, à devenir l’apanage d’experts en tous genres, comme jadis la littérature et le cinéma – notons que la bande dessinée semble avoir échappé à l’esprit de sérieux entourant les beaux-arts en général. On ne peut finalement que souhaiter la même chose du jeu vidéo… ! Mais est-ce seulement possible, au vu des enjeux financiers colossaux qu’il y a derrière ? Il me semble que le JV va devenir un sujet universitaire, qu’on y coupera pas. Déjà on assiste à une standardisation du JV et à des effets de mode inévitables. Dans la communauté gamer, on ne peut que déplorer les agissements des affreux vilains trolls, et la misogynie crasse qui y sévit souvent, et qui alimente conséquemment le moulin des féministes obscurantistes, tout comme la consommation débridée de nos sociétés modernes redynamise les intégrismes les plus farouches. Bref, le JV n’est pas toujours synonyme de solidarité et d’ouverture, d’autant qu’il se lie à une certaine forme de pouvoir, qui peut devenir disproportionné et a tendance à défrayer la chronique pour les mauvaises raisons.

Aussi, le jeu vidéo a peut-être vocation à rester un loisir de niche, à savoir, un loisir coupé du réel – si tenté que l’on considère l’expression comme un pléonasme – qui permet alors d’échanger le réel, de le dédoubler, comme le décrit Baudrillard dans l’Echange Impossible. Si on le veut bien, le JV implique d’abord un mécanisme de compensation. Ensuite, si l’on se place à un plus haut niveau de conscience, il implique un dédoublement, qui entre en résonance avec la quête immémoriale de l’immortalité. Le JV – et plus largement le virtuel – nous permet ainsi d’être, en quelque sorte, le Dieu d’un univers que l’on a conçu à notre image. Les problématiques actuelles concernant l’Intelligence Artificielle viennent étayer cette vision sans doute trop péremptoire…! Mais on peut désormais considérer l’IA comme un facteur d’influence puissante sur les populations, à l’image d’un mauvais génie avec lequel il faudra hélas composer en tant qu’être humains. De même pour la haine, la luxure, la jalousie, l’envie, et j’en passe… ces forces-là existent, sont communément identifiables, et, sans pour autant nous définir véritablement, nous traversent, nous dépassent, étant à la fois universelles et au delà de notre compréhension. Bref : dans tous ce fatras, le JV n’aide pas beaucoup – c’est une litote.

Les puristes diront que ce qui se passe dans le jeu vidéo doit rester dans le jeu vidéo. C’est le principe de laïcité, en quelque sorte : l’expérience du JV est personnelle, privée. Aucune compétence acquise par le JV n’est vraiment utile au réel, ce que l’on vit dans le JV n’a pas à transpirer dans la sphère publique, les réflexes et modes de pensée acquis par le JV n’ont pas vocation à être mis en pratique. Et heureusement, d’ailleurs, car au vu de tous les jeux de guerre actuels, si tous les joueurs passaient à la réalisation de ce qu’ils jouent, on serait à la merci de guérillas urbaines d’une violence inouïe ! C’est d’ailleurs ce que sous-entend la communication anti-JV de Donald Trump après la fusillade de Parkland : la conscience d’un potentiel destructeur s’il n’était soumis à aucun garde-fou psychique. Sans tomber dans cet excès, peut-on tomber dans l’excès inverse, et condamner le joueur à une coupure obligatoire d’avec le principe de réalité, qui le cantonnerait à un simple mécanisme de compensation propre aux loisirs ?

 

SYNTHESE : il y a continuité inaliénable entre le réel et le jeu vidéo

Le jeu vidéo fait désormais partie du réel à l’image de n’importe quel objet d’art. Il échappe, dans l’absolu, à toute forme d’explication. La valeur artistique du jeu vidéo est désormais de moins en moins contestable, mais de ce point de vue-là, chacun voit midi à sa porte, et c’est d’ailleurs tant mieux. Je me souviens avoir lu des débats passionnés sur un forum de JV pour établir si le jeu Okami était oui ou non un jeu poétique ! A mes yeux, celà ne faisait aucun doute, mais j’ai lu des commentaires qui y étaient résolument opposés, par principe. Maintenant, pour affirmer sa perspective résolument artistique, reste à mesurer le potentiel créatif du JV : pas certain qu’il encourage nécessairement la créativité et l’imagination, comme celà est parfois revendiqué. C’est avant tout un objet de consommation. Alors, oui, il est possible de créer autour du JV, selon sa sensibilité : faire des dessins, des sculptures, de la musique… Mais pour créer un JV, c’est une autre histoire, qui implique un niveau de sophistication élevé, des connaissances en programmation, et qui l’éloigne de la plupart des gens – encore que si on est motivés… – mais après tout, ne peut-on pas en dire autant de certaines œuvres d’art ? Ce n’est pas le film The Square qui me contredira…!

La continuité entre réel et JV ne peut pas seulement se réduire à l’art. Il est aussi question d’échange et de communication – un besoin fondamental de l’être humain – comme le montre bien notre site, qui libère la parole des papagamers. Aujourd’hui, de fait, on peut difficilement dissocier le JV des réseaux sociaux. De même, on peut difficilement dissocier les réseaux sociaux du fonctionnement-même des sociétés et de l’être humain en général (voir mes remarques sur l’I.A. plus haut). Du reste, les médias ont assimilé les codes du JV depuis longtemps et les passerelles sont de plus en plus nombreuses. Au début des années 2000, la chaîne MTV utilisait la même esthétique que le jeu vidéo Wipeout 3 sur Playstation. Et cette esthétique est restée, en clin d’œil, à travers d’autres médias. De même, dans toutes les applis mobiles, on trouve désormais de la publicité directe. La porosité du réel et du JV, à travers les autres médias, est actée. On ne pourra plus revenir en arrière.

Dans l’univers de l’Incal, Jodorowski avait peut-être vu juste avec sa secte techno-techno, qui me semblait à l’époque tout de même un tantinet exagérée…! Il ne s’agit pas tant de l’asservissement des sociétés par le jeu vidéo, il s’agit du jeu vidéo qui serait comme un Cheval de Troie pour l’avènement d’une nouvelle forme de dictature.

Je ne finirai donc pas cette réflexion sur une note positiviste. Nous avons dépassé le stade où les JV sont de simple outils à notre service. Or, si ce ne sont plus des outils à notre service, celà veut dire que nous n’en sommes déjà plus les maîtres. A méditer !

Laisser un commentaire

error: Contenu protégé - pas de copillage !
Lorem ut dolor commodo Nullam ut ipsum Curabitur massa
%d blogueurs aiment cette page :