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[#59] Sonic Mania : test rétro-vénèr d’un Sonic maniaque

Temps de lecture : 11 minutes

Sauf erreur de ma part, la presse internet a été unanime – dithyrambique ! – à la sortie de Sonic Mania cet été. L’effet d’annonce ne reflète pas pour autant le contenu du jeu, toute critique de fond se résumant à « enfin un vrai Sonic » – ce qui n’est pas faux, mais qui aurait quand même dû mettre la puce à l’oreille.

Ayant dû attendre quelques jours de plus pour la sortie PC, puis finalement happé par la rentrée des classes, j’ai complètement zappé ce titre, pour le retrouver seulement il y a quelques jours. Le Sonic Fan que j’ai été a vite senti durement les nombreux points faibles du jeu.

La tête froide, loin de tout battage, et le recul aidant, il m’est permis de dire que le jeu est loin d’être à la hauteur de mes attentes. Sonic Mania prend les fans vieillissants pour ce qu’ils sont : un public bienveillant qui n’a rien eu à se mettre sous la dent pendant 20 ans. Comme avec chaque dernier Star Wars, on a le pardon et la nostalgie facile. D’autant plus si c’est pour faire (re)découvrir la franchise à ses enfants pleins d’enthousiasme…!

MON PREMIER SONIC EN DEMAT’ : VITE, APPELEZ LE PSY

Bon. C’est vrai que le jeu fait fort dès le premier niveau, et même dès la cinématique d’introduction, qui rappelle furieusement le mythique Sonic CD. Si le thème principal ne casse pas des briques, le reste de la bande son, l’animation et le gameplay sont irréprochables, ce qui n’est pas rien, et reste une prouesse en soi. Mais après… après… que dire…! Ou plutôt… avant ! Remettons-nous un instant dans le contexte des jeux Sonic 16-bits à l’ancienne.

Je me suis arrêté à Sonic & Knuckles, en 1994. On pouvait le coupler à Sonic 3 pour en faire le plus long jeu Sonic ever (et sans doute le meilleur) : le système lock-on faisait alors les gorges chaudes des journalistes de la grande presse. A 13 ans, j’étais déjà plutôt vieux pour un gamer, selon les standards de l’époque, et selon mes autres camarades de classe en pleine adolescence, qui associaient ce média à une enfance à laquelle ils tournaient le dos. Pour eux, je passais pour un alien puéril, je faisais de la résistance.

Rendu au PC, je n’ai pas joué aux jeux Sonic ultérieurs et n’ai jamais entendu parler du fameux Sonic cycle jusqu’à il y a peu, ce cycle qui explique la déception à chaque nouveau jeu Sonic, toujours plus nul que le précédent, et auquel Sonic Mania semble enfin échapper. Mais pour le gamer de la vieille époque, habitué à la cartouche, et qui joue encore parfois avec ses enfants, ces retrouvailles sont mitigées.

Comprenez l’écart que constitue désormais l’achat d’un Sonic en démat’ qui nécessite d’installer cette usine à merde de Steam, que je boycotte fermement depuis son intronisation en 2006 pour Half Life 2, ce qui m’a fait chier, et dont la logique de tout-connecté m’avait, à l’époque, déjà scandalisée (Orwell, tu avais vu juste) ! Bref. J’ai passé une heure et demie avant de jouer, entre les install, les download, et autres comptes à créer, à confirmer par mail… Alors oui, ça ne m’a coûté que 12 euros. Soit. Mais bon : avec son DRM, le jeu a fait scandale à sa sortie PC et ce n’est pas pour rien. Il est où l’esprit cartouche retrogaming et plug & play, celui qu’on lègue à ses gosses ? Je sais, je passe pour le pessimiste-morbide-nihiliste de service. Mais comme Hamlet, je le dis : « il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark » !

Ensuite, il m’aura fallu encore une heure de bidouille, et aucun forum ne m’aura été utile, pour parvenir à BRANCHER UN JOYPAD sur ce putain de jeu. Steam pousse évidemment à la consommation jusqu’au bout en proposant un joypad spécial Steam. Ouais. Apparemment, les joys de Xbox seraient très bien, mais j’en ai pas ! La solution, toute simple, trouvée sur youtube : télécharger un programme tiers et gratuit, appelé joy2key, qui émule n’importe quel joypad USB générique en touches du clavier. Ouf ! Pour moi, il était impensable de jouer à un jeu Sonic sans joypad. Et j’étais prêt à y renoncer rien que pour ça.

UN SCENARIO A GRANDE VITESSE, SUR L’AUTOROUTE… AVEC LE COFFRE OUVERT

Sonic & Knuckles se terminait sur la Doomsday Zone, niveau mythique où Sonic, métamorphosé en Supersonic, coursait Robotnik s’enfuyant dans son mecha à travers l’espace (ci-contre à gauche). Cet ultime niveau marquait la fin d’une véritable saga, inégalée depuis lors.

Comme cela a beaucoup été souligné à sa sortie, Sonic Mania renoue avec cette tradition du Sonic 2D. Or, on constate vite que le jeu se plante complètement sur la narration. Le scénario est un pot-pourri entre Sonic 3 et Sonic CD, avec des histoires de pierres magiques temporelles, et on ne comprend pas toujours ce qui se passe. Les niveaux s’enchainent le plus souvent de façon incohérente, comme ces très vieux jeux de plateformes à la Mario Bros. qui ne se souciaient pas de la logique. On retrouve ainsi pêle-mêle les niveaux de Sonic 1, Sonic 2, Sonic 3 et même Sonic CD. Par moments, des efforts sont faits pour créer un lien entre chaque monde, mais la plupart du temps, c’est très arbitraire. A quand une bonne vieille map, à la Sonic 1 sur Master System (ci-contre à droite) ? Là au moins on sait où on met les pieds !

Au niveau du scénario proprement dit, le jeu a les yeux plus gros que le ventre, en nous proposant un Robotnik entouré de 4 espèces de super-robots (plus un roi des robots), un peu à la Megaman, sauf que ça tombe un peu à côté et qu’on ne comprend pas très bien ce qui se passe. Maintenant, le côté « magicien » de certains robots est une ineptie qui tient quasiment du sacrilège, tout comme le niveau du Western, qui sent l’américanisation forcée du jeu, et la bande son des boss, qui ressemble à une musique de cirque. Les mini-boss des premiers actes sont globalement ratés, avec leurs looks de sous-mech, humanisés et édulcorés façon « cartoon » dans tous les sens. Où sont les grosses machines, les mechas froids et sans âme, les forteresses spatiales ultra balèzes capable de détruire l’univers tout entier ? Contre qui se bat-on, exactement ?

Christian Whitehead a certes fait un bon boulot technique, mais Sonic reste un jeu high-tech d’inspiration japonaise, et la patte américaine donne une touche beaucoup trop baroque à l’ensemble, qui ne prend pas la plupart du temps – et je ne vous parle même pas des affreux « 3, 2, 1, Go ! » et des « Goal ! » du mode 2 joueurs, on se croirait presque au Super Bowl ! Une horreur !


ESTHETIQUE DISSEMBABLE CONTRE GAMEPLAY UNIFORME

Esthétiquement, le choix des décors, des tons et des couleurs n’est pas toujours pertinent. Par exemple, les compresseurs à ordures de la flying battery, qui sont une bonne idée en soi – et qui rappellent Star Wars VI – détonent complètement avec le reste du niveau. Le choix de redite des anciennes zones n’est pas toujours le plus intéressant non-plus, mais force est de constater que leur remise au goût du jour est d’excellente facture : celles-ci sont fusionnées, allongées, et agrémentées de détails esthétiques et de trouvailles sympas. Le fait que le pétrole de Oil Ocean puisse prendre feu au contact de la protection « feu » est tout juste excellent ! Les passages à l’arrière plan de Metallic Madness sont vraiment bien foutus ! Affronter un boss en mini-Sonic (emprunté à Sonic CD) est une idée de génie !

Par contre, avoir mis autant de stages blue sphere, et en plus y avoir assujetti le déblocage des bonus (et accessoirement du round select), est juste INSUPPORTABLE. Ayant rejoué à Sonic 3 & Knuckles ces dernières années avec mes enfants, je n’étais pas particulièrement ravi de retrouver ces stages, dont chaque itération vous laisse au bord de la crise d’épilepsie. Puisque j’en parle, les nouveaux special stages à émeraudes semblaient très prometteurs mais ne procurent finalement aucun plaisir de jeu. J’espérais une redite efficace et pêchue des special stages de Sonic 2, on se retrouve avec un mauvais hommage à Sonic CD, aussi intéressant qu’injouable.

En dépit de leurs qualités et de leurs clins d’œil aux jeux vidéo des années 90, les nouveaux niveaux 2D, à l’exception peut-être du tout dernier, sont également discutables.

On se demande pourquoi Whitehead a mis l’accent sur le cinéma et la télévision dans la Studiopolis Zone et la presse papier dans la Press Garden Zone dans un monde où Robotnik est, de toutes façons, le seul être humain. Certes, c’est très nineties… ça fait rétro… mais ça tombe quand même à côté. Et en plus, on ne s’y fait pas spécialement plaisir. A quand des réseaux de câbles RJ-45, des hub, des mechas à piloter, des courses contre la montre, avec un laser géant qui poursuit Sonic, des passages un peu dark, bref, du gameplay inédit sans pour autant édulcorer, à l’image d’un bon vieux Rocket Knight ?

En effet, concernant le gameplay, les niveaux s’enchaînent et se ressemblent : on court, on fonce, on saute. Je m’attendais à trouver assez rapidement un niveau ascensionnel, basé sur la verticalité – qui tranche avec toutes ces phases d’accélération – suivi d’un autre plus réflexif, puis un autre basé sur l’exploration, et encore un autre basé sur les réflexes ou la précision… Rien de tout cela ! La phase de pilotage de l’avion dans le canyon, qui se veut originale, est un ratage complet : la sensation de vitesse est totalement anéantie par un scrolling poussif. Seul le dernier niveau (mais qui n’est pas non plus parfait) tranche avec le reste et propose un peu de challenge, peut-être une peu trop d’ailleurs !

Oui, car dans Sonic Mania, les anneaux ont maintenant une véritable importance (le nouvel item est d’ailleurs bien vu), les protections spéciales sont rares, il faut jouer des coudes pour choper les bonus, prendre des risques, emmagasiner des vies car les pièges sont nombreux et vicelards. Les badniks sont toujours très bien placés, contrairement aux opus précédents où ils gênaient rarement le joueur. Le challenge est donc plutôt bien dosé et c’est un des rares Sonic à proposer une dimension un tant soit peu stratégique. Ceci étant dit, une fois le jeu fini, le joueur éprouvé n’aura plus tellement envie de retourner à la pêche aux émeraudes – pour celà, une fois encore, il aurait fallu tabler sur un système de map à la Rayman Origins.

Pour terminer la critique, les boss sont plutôt chiants, avec des phases d’attente forcée où on ne peut pas les taper (des time over en veux-tu en voilà). Bref, le plus souvent, on se contente de foncer dans le tas et de ramasser les anneaux qu’on perd… quand on les touche ! Leur plus gros défaut concerne en effet leurs hitbox, car on passe souvent au travers, on ne sait pas quel sprites on peut taper, ni à quel moment, ni quelles parties du boss sont vulnérables, ni lesquelles vont blesser Sonic… On se croirait dans Capitaine Flam contre l’empereur de l’espace. C’est intensément lourdingue ! La redite de la course avec le Metal Sonic, qui joue certes avec les attentes du joueur de Sonic CD que je fus, s’en retrouve dévoyée malgré la possibilité longtemps fantasmée de pouvoir attaquer le Metal Sonic pendant la course (ce qui n’était pas possible dans le jeu original). Sinon, certains boss sont juste géniaux, comme celui d’Hydrocity Zone, sans doute le meilleur du jeu !

UN JEU QUI FAIT QUAND MEME PLAISIR, AU DELA DU COUP DE PUB

Il y a beaucoup de qualités à ce jeu, malgré tout ce que j’ai pu en dire. Ne serait-ce que le fait qu’il ne demande pas une grosse config : ça tourne comme un charme sur mon vieil i3 de 2013 sans carte graphique. C’est beau, fluide, ce n’est pas bugué, c’est abouti, bien enrobé, on sent que les gars y ont passé du temps et ont fignolé ça aux petits oignons. On s’éclate bien dans l’ensemble, et surtout on retrouve les vrais personnages d’autrefois : ils ne bavardent pas, ils n’y a pas toute la smala d’animaux anthropomorphes chelou qui ont détruit la franchise, Sonic a ce look à la fois kawaï et agressif comme avant. Pour couronner le tout, le mode 2 joueurs en split screen de Sonic 2 a été rétabli et étendu, même si sur PC ce mode peut sembler un peu moins pertinent que sur console. Les mœurs du jeu à plusieurs ont de toutes façons bien changé.


Bref. Avec du recul, on peut surtout déplorer que le gamer exigeant se fasse flouer par l’effet d’annonce du jeu. « Un nouveau Sonic ! » (avec 20 ans de retard) est un coup publicitaire qui a pris le pas sur tout autre considération : aucun de test de fond, sous couvert de no spoil. C’est en effet la tendance du moment – Sonic Mania est un petit jeu noyé parmi des centaines d’autres – un jeu juste bon à être testé une demi-journée par le consommateur lambda, il ne faut donc pas gâcher le peu qu’il va en tirer sur ce laps de temps très court (et au passage le journaliste jv ne se fait pas trop chier) !

Comme je l’ai déjà dit avec beaucoup de sérieux, j’achète un jeu rarement, uniquement sur coup de cœur, et si je le fais c’est pour passer du temps avec lui. Or, collecter les émeraudes, arpenter les niveaux, débloquer les bonus, essayer les autres personnages : tout ça me semble un peu trop fastidieux, pour les raisons que j’ai évoquées dans ce test. En revanche, à un casual gamer pour qui Steam ne représente aucun problème, je conseillerais davantage Sonic Mania qu’un Sonic CD, même si je n’éprouve pas le même attachement à l’un et à l’autre, ne serait-ce que parce qu’il est plus abouti, plus conforme à l’air du temps. On peut espérer une suite, un peu mieux foutue… Sonic Cycle ? Quand tu nous tiens !!!

6.5

The Good

  • Un Sonic en 2D façon 16 bits, enfin !
  • Le jeu tourne sur un vieil i3 (sans carte dédiée)
  • Animation, musiques, graphismes, technique
  • Prise en main et jouabilité au top
  • Certaines chouettes trouvailles ou redites
  • Un vrai travail d'orfèvre, aucun bug, ou presque

The Bad

  • L'installation sous Steam et les problèmes avec les joypads
  • Le thème principal du jeu un peu nase
  • Certains stages et boss pas terribles
  • Les special stages, ratés
  • Les hitbox des boss, très pénibles
  • Le côté américanisé, un peu forcé, du jeu
6 Octofun ?
7 Adapté à la vie du papagamer ?
Lamyfritz

Vieux flibustier chiqueur de pixel et écumeur de poulpe, retiré avec femme et enfants. Engagé comme matelot au temps de l’Amstrad puis comme corsaire à bord de la Megadrive, il décime l’armada 8-bits et harcèle les navires de chez Nintendo. Le PC lui permet d’être son propre capitaine mais il rêve toujours de cette époque d’aventures où le jeu vidéo était encore terra incognita.

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