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[A lire] « Génération jeu vidéo – années 80 » : prémices de notre révolution vidéoludique.

Temps de lecture : 7 minutes

Il est courant pour toute génération entrée dans l’âge de la quarantaine de dégainer aux jeunes padawan youteubés qui croient avoir tout inventé, un fameux et sans suite « c’était mieux avant ». Par cette missive, votre neveu, fier de ces 103 vues et 40 abonnés autour de sa dernière vidéo sur le « jeudeoufquilfallaitfaire », ravale sa dernière bouchée de bûche glacée et part de table en maugréant de piètres, mais discrètes insultes à l’adresse de cet oncle dominant la table de ses expériences passées. Fort de son passif de joueur qui, tel un ancien combattant du paddle usé, possède le grade de vétéran du JV et une certaine science dans le domaine. En effet, pour ceux ayant vécu et participé à ces années 80 où le jeu vidéo a gagné sa reconnaissance par sa massification, l’ouvrage « Génération jeu vidéo – années 80 » revient sur ses années d’outrance, fourmillantes et surtout fondatrices, où se mêlent tant de découvertes et des souvenirs… ouvrez votre boîte à madeleine et démarrez votre DeLorean DMC-12, are you reeeeeeeeady ?

Petit retour en arrière avant d’en venir à la critique de cet ouvrage que j’ai dévoré durant mes congés de fin d’année. Si l’on pouvait hier proclamer que le sujet était de niche, ce dernier le devient progressivement de moins en moins au vu des nombreuses publications sur le JV (comme le relatait ici Procope dans un article passionnant consacré au sujet (1). Désormais les joueurs trentenaires voire plus, sont aussi des lecteurs, consommateurs de belles pages plus matures sur leur passion et souhaitent s’informer tout en replongeant dans les belles heures de leur jeunesse d’antan. Oh là, je vois bien certains ricanant et déclamant à l’envi que le JV relève d’une pseudo passion d’enfant, et que s’y replonger (ou au pire en l’intellectualisant) relève bien d’une pathologie sévère… est-ce pire docteur que ceux qui radotent les glorieuses années footballistiques des « Verts » de Saint-Étienne ou ceux ne jurant que par le cinéma Hitchcockien via leur cinémathèque perso’ faisant les beaux-jours des ayants droit de l’auteur anglais ?

Pour qui connaît Saint-Étienne, on est au-delà du foot ici : fusion entre patrimoine/ identité locale transgénérationnelle.

Le JV ne se joue pas seulement, il se lit désormais.

Personnellement, le jeu vidéo en tant que média, mais aussi en tant qu’art – comme l’est le cinéma ou la littérature – il est normal que ce dernier devienne un vaste champ d’études, et de la ludologie au game studies, sans omettre son analyse journalistique, ce dernier ne se joue pas seulement, il se lit désormais. La France étant championne dans la publication d’ouvrages sur le JV (2), plusieurs maisons d’édition se sont lancées dans la brèche, comme Wildfire Editions, excroissance du magazine JV le mag. Publié en octobre 2017, « Génération jeu vidéo – années 80 » est coécrit par deux personnes que connaissent bien les papagamers auditeurs de podcasts : à savoir Patrick Hellio (souvent sur Silence on joue de Erwan Carrio) et Sylvain Tastet, dit Hoopy, de JV le Mag’ et officiant sur le podcast ZQSD, plutôt réservé au PC débilofun qui fait du bien. Nos deux auteurs, se sont donc lancés dans l’aventure via un financement participatif sur kickstarter, auquel votre modeste serviteur a pris part pour 30€ (et tout cela pour être noté dans les remerciements, faible je suis… d’ailleurs sans mon identité secrète, seras-tu me retrouver cher lecteur ? ;).

Tout d’abord l’objet en lui-même : une belle couverture anaglyphe (avec les lunettes rouge/ bleu qui m’ont bien fait marrer et rappeler le souvenir des films d’horreur des années 80, ha les Freddy !) et un livre en couverture dure, de 23/17 cm, dos collé et 308 pages fort bien présentées.

Chaque page sont présentées comme il se doit pour un livre sur le rétrogaming : de la couleur criarde, tendance orange/ rose et fluo (mais sans être trop usante pour les yeux) et surtout de nombreuses illustrations qui font honneur à chaque jeux ou thématiques abordé. D’ailleurs, premier coup de chapeau : celles d’avoir pu obtenir les droits pour les nombreuses illustrations (du moins je l’espère pour eux 😉 ) et d’en faire partager leurs lecteurs. En effet, il est bien souvent dommage dans ce type d’ouvrage de ne pas avoir une illustration en raison de la peur des coûts (droits d’auteurs ?), comme on le peut le voir chez Third Edition et son Final Fantasy VII ( va comprendre le système des matérias ou des invocations sans illustrations, bof, bof).

Un présentation courte et précise de « hits » so 80′

Ici, chaque jeu possède son descriptif (éditeur, nom du jeu, années de sortie) et un texte remettant le jeu dans son contexte, mais aussi l’élargissant à d’autres thématiques comme le cinéma avec certains films éclairant ces années 80 : comme le mythique Wargame (3), Tron, Les Maîtres de l’Univers (la fusion ciné/jouets, oh oui !) ou certains moins connus comme le fameux Enfant génial (que j’avais relevé dans notre octopodcast#20 sur Mario (4), en étant un film de placement de produits Nintendo dont Super Mario Bros 3).

Exemple de présentation (photo perso, lumière dut à ma lampe de bureau)

Ce n’est jamais la taille qui compte.

Outre l’univers du jeu et du ciné, on y trouve plusieurs thématiques tellement 80′ et on se fait plaisir à s’y lover dedans, quelques-unes à la volée : le piratage, l’arrivée des micro-ordinateurs, de la presse JV, l’envolée de l’arcade, « l’Atari Shock » de 83, l’essor du JV Japonais ou encore de la french touch proche de la B.D. (Loriciel, Cobrasoft, Ubisoft….), le mythique gant (et inutilisable) Power Glove. Et on y trouve de belles découvertes : comme le jeu Dungeon Master qui pour lutter contre le piratage qui sévissait chez tous les joueurs de micro-ordinateur qui pouvaient en faire profiter les copains de passage le mercredi… ainsi, au bout d’une heure de jeu, ce dernier se bloquait et forçait le hacker en culotte courte d’acheter le jeu une fois y avoir goûté…  bref une démo avant l’heure 😉 Autre souvenir qui m’a bien fait sourire car tellement vrai : les fameuses guerres des « bits » sans mauvais jeu de mots, où chaque console était jaugée non sur ses jeux, mais d’un point de vue marketing sur les « bits » en elles dans les cours de récréation de collèges, de 8 à 16 puis 32 et ensuite 128 bits à la fin des années 1990… et souvenons-nous d’une chose : si la Jaguar d’Atari avait 64 bits… la Neo-Geo de SNK en possédait 16/32 bits… hahahaha, cruelle ou rassurante conclusion : ce n’est jamais la taille qui compte.

On passe un bon moment en le lisant

L’intérêt de l’ouvrage et sans doute sa limite – toute compréhensible – et le choix éditorial à faire parmi les nombreux jeux des années 80, le lecteur y trouvera les essentiels et il est vrai, on peut toujours regretter certains absents (Super Mario Bros 2 ? Shinobi ?? Les jeux interdits au moins de 18 ans, fort prolixes durant ces années ou certains films comme Retour vers le Futur !). Il aurait été intéressant que dans la fiche de chaque jeu, d’indiquer les jeux similaires, voire de détailler davantage les auteurs de certains jeux, car qui dit jeu, dit œuvre de l’esprit, appelant à  une future bible biographique dans le domaine (qui commence à exister ici en numérique via le très bon site web abandonware.fr (5)… Enfin, un regret sur la police de caractère un peu petite (et pourtant je ne porte pas de lunettes et possède une bonne vue), un poil plus grand cela aurait été parfait.

Je pinaille, car souvent au détour d’une ligne, le jeu manquant est cité (mon Operation Wolf cité dans Operation Thunderbolt qui lui est antérieur ou Out Run dans l’article de Chase H.Q.). Par contre, parfois  quelques rares titres relèvent davantage du coup de cœur de l’auteur (Patrick Hellio) que de leurs influences durables, notamment les nanars proches des séries Z (Splatherhouse) ou des jeux bien trop hypés déjà à l’époque (Populous, qui reste une belle « quenelle » pour ma part (6).

Pour conclure, vous l’avez compris, j’ai bien aimé cet ouvrage, j’ai passé un bon moment en le lisant, car outre la nostalgie, le ton est posé, sérieux, mais plaisant à lire (je craignais l’humour forcé d’un Hoppy de Jv le Mag, mais fort heureusement ce n’est pas le cas). En outre, on dispose d’une chronologie historique du jeu vidéo en introduction de 1947 à 1990, avec la découverte de machines, mais aussi de personnalités qui commencent (enfin) à être mises en lumière. Un ouvrage qui trouvera toute sa place dans la  bibliothèque du parentgamer, qui devient de plus en plus importante… spéciale dédicace à nos parents qui se désolaient hier de notre manque de lecture face à ces foutus « jeux électroniques » ;). La boucle est bouclée.

 

Notes de lecture


1 https://octopaddle.fr/2018/01/06/de-la-difficulte-decrire-et-dediter-des-livres-sur-le-jeu-video/ (octopaddle.fr, 6/01/2018)

2 Comme le stipule un article de Gamekult  (https://www.gamekult.com/actualite/la-france-championne-du-monde-des-livres-de-jeu-video-172683.html) réservé aux premiums (code ami : 6OQABA, premier lu premier servi 😉

3 Notre retour sur ce film : https://octopaddle.fr/2015/10/06/a-revoir-wargames-guerre-froide-geek-et-pantalon-velour/ (octopaddle.fr, 6/10/2015)

4 octopodcast#20 (18/12/2017)

5 Par noms, pays… sacré boulot ! source : abandonware.fr 

6  Mon test de ce jeu rétro(n), quelle perte d’argent .. à 12 ans !  (https://octopaddle.fr/2014/03/01/1-retron-populous-master-system/  – 1/3/2015)

90%
Nostaludique passionnante !

The Good

  • Des illustrations de qualité
  • Un ton agréable à lire, jamais ronflant (ou universitaire)
  • Nombreuses anecdotes passionnantes
  • Des pépites inconnues qui donnent envie de s'y replonger
  • Une chronologie abordable du JV/ machines / personnalités

The Bad

  • Une police d'écriture trop petite
  • Quelques rares absents (mais vraiment rare)
  • Pas de crédits photographiques en fin d'ouvrage ?
  • Et je baisse la note car Populous a sa page, non mais !
90 % Octofun ?
octopaddaone

Tombé dans le JV dès son plus jeune âge et ayant passé toutes les étapes du gamer historique (de Pong à ...), les chemins de la vie l'ont mené sur bien des pistes et différentes expériences, à l'image d'un poulpe et ses nombreux tentacules (forcément pourpres). Ayant obtenu le trophée "papagamer", désormais son rêve de gosse prend forme : écrire des énormités sur un site oueb, déchaîner ses passions et regretter... le manque de donjons dans le dernier Zelda.

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