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[#36] Pourquoi on joue ? Un flambeau de l’enfance vers la paternité

Temps de lecture : 5 minutes

L’âge avançant, la quarantaine pour beaucoup d’entre nous papagamers se présente les bras chargés de ses  cadeaux  : prise de poids, stabilité sociale mortifère et paternité avec ses hauts et ses bas, entrecoupée de notre chère passion. Loin d’être pessimiste, cette idée qui au départ n’était qu’un lointain écho, devient de plus en plus criante de vérité et démontre que la jeunesse, hélas ! a finalement bien filé par la fenêtre de derrière. Désormais, cette dernière laisse place à une nouvelle étape, un autre « level » de notre vie de papagamer. Entrez donc, posez-vous sur notre octodivan, prenez votre oreiller, et faisons notre fameuse rétrospective, qui loin d’être du seul « game », sera aussi celle d’une « life » d’un papagamer.

Tiens pour une fois ne parlons pas d’un jeu, mais plutôt d’une nouvelle étape dans la vie d’un papagamer, qui je pense doit parler à d’autres. Quand on fait le tour de sa petite vie, avec ses joies, ses emmerdes, l’approche de la faucheuse, qui commence par détourer votre entourage progressivement, méthodiquement, on se dit que le marathon est lancé. Arrivé à mi-étape, le constat est clair : si en moyenne on vit 77 ans en France pour un homme (sans accident de parcours malheureux) pour ma part je ne verrais pas les années 2060, c’est comme cela, la démographie étant ainsi. Violente comme idée, non ?

La fin de notre éternité

Toutefois, pour ma part, je n’ai pris réellement conscience de cette évolution naturelle tragique d’une existence durant la trentaine, certes objet de joie par la paternité qu’elle m’a procurée, mais aussi, cruel symbole du début du passage de flambeau et la fin de mon idée d’éternité. En effet, n’importe quel papagamer sait qu’en regardant sa progéniture qu’il couvre d’amour, que cette graine qui pousse chaque jour entre à son tour dans une course qu’il faudra guider puis laisser s’émanciper, en acceptant tel le soleil couchant, son propre déclin. Pour ma part, je pense que ma plus grosse claque fut le moment où j’ai entendu le tic-tac de l’horloge de la vie qui ne concernait plus seulement ma périphérie proche, mais désormais ma propre personne. Enfant bercé par mes rêves vidéoludiques, mais aussi cinématographiques, littéraires (putain « la guerre des mondes », « Croc-Blanc » et autre tintin mec, quels bouquins) et ludiques (ha « les maîtres de l’Univers » et leurs peaux de bête en guise de slip, total respect), la prise du temps à cette époque n’était même pas une morsure, mais juste une vision colportée par mes grands-parents, augustes aïeux dont je ne pouvais imaginer un jour l’absence définitive. Cette vision enfantine ne fut jamais altérée par l’éternité d’une situation que je croyais acquise, permanente et définitive, bref une forme de « no futur » avant l’heure, le pessimisme punk en moins.

Sonic, finalement n’est-il pas la parfaite métaphore de ce temps qui balaye l’enfance…

Bien sûr le lien avec le jeu vidéo est là, dans cette évolution, souvenirs heureux de ce temps qui passe, mais dont nous n’en ressentions  pas encore le goût amer. Combien de parties de « game and watch » assis sur cette chaise pliante multicolore devant le garage du grand-père lors des vacances d’été ? Combien de rires partagés avec mes cousins devant leur Atari ST ou encore de parties assis en tailleur devant l’écran d’une pauvre TV 36 cm souffreteuse face au sprite d’un Sonic filant à toute allure ? Sonic finalement n’est-il pas la parfaite métaphore de ce temps qui balaye l’enfance et nous ouvre l’adolescence, toujours en 50hz (pauvre de nous européens), mais surtout toujours accompagné par nos paddles, nos CD de zik’ et joies vidéoludiques ? Le JV de cette époque, tel un marque-page chéri, est coincé dans ces multiples souvenirs d’un temps bénit, où gérer un budget, prévenir les maladies infantiles de nos chers petits et s’offusquer de l’irrespect maladif – cancer de nos sociétés – n’existaient pas : notre seule préoccupation se limitait à découvrir la fin d’un jeu qui nous happait plus que tout au monde, comme je le rappelais dans la première partie de cet article écrit en 2015. Mais ce temps désormais est révolu.

Doudou de mon enfance perdue

Quand le papagamer voit ses enfants grandir, dans leur touchante naïveté – privilège de l’enfance – face à un monde dont ils n’ont pas idée de la complexité, son cœur se sert en pensant qu’il faut au maximum transmettre ses valeurs, ses passions, mais aussi profiter de cet instant béni des dieux où tout est simple, résumé à la Sainte Trinité « jouer – rire – goûter ». Le jeu vidéo a cela de rassurant, qui  en tant que doudou de mon enfance perdue, a encore cette capacité à m’émerveiller et me faire vivre des aventures qui me portent, me rassure et me questionnent sans cesse sur sa place dans ma vie.

Cette passion commune qui nous porte depuis l’enfance, est désormais un formidable vecteur d’émotion partagée avec nos enfants comme le prouve les incalculables témoignages de papagamers sur le web (dédicace à Lamyfritz malgré sa dernière mauvaise aventure zeldatesque), petite pierre de Rosette de nos émotions passées transmises (et le rétro a tellement sa place ici), comme un patrimoine personnel, historique et passionné. N’ayons pas peur des mots, le terme patrimoine est revendiqué ami lecteur : issu du grec de « ce qui est transmis par nos pères », en étant dérivatif du terme « patrie », le JV sorti du carcan de la simple « occupation » qui barbait nos parents, devient désormais un vecteur de plaisir partagé avec nos moitiés et descendances.

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Cet été la Switch – qui est tellement la console du papagamer – a été l’occasion de partie endiablée en famille (autour de Mario kart 8, de 1, 2 Switch !), et aussi avec ma plus grande qui du haut de ses 6 ans ½ a débuté ses premiers pas dans le JV HD, mais aussi rétro sur NES avec « Super Mario Bros ». Et je peux vous dire, que la voir secouer ses bras pour faire avancer son personnage, s’émerveiller devant l’histoire du royaume champignon ou d’un Zelda Breath of The Wild me donne à penser que le JV est bien un vecteur d’émotions, à côté d’autres moyens culturels nécessaires pour construire son imagination et ses rêves, que cela soit la télévision, la lecture ou ses propres découvertes.

« La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie » (A. Camus)

Pour conclure, les Grecs (pas le sandwich, les autres) qui avaient compris deux/trois choses intéressantes, ont ciblé cette rétrospective qui frappe quiconque jettant un œil fugace sur son chemin parcouru. Reliant deux mots comme « nostos / algie », ou nostalgie dans notre belle langue, les deux termes relient « le retour » (nostos) à l’affixe algie ou « douleur ». Et si l’étude du passé par la distance du temps, nous créé une bulle hermétique vis-à-vis des souffrances, du tragique destin d’illustres ou d’humbles inconnus, l’étude de son propre passé, et par contre bien plus douloureux, car l’on sait que ce qui a été, et ne sera plus. Reste désormais ce qui sera et restera à bâtir, vaste chantier pour le papa & le gamer, non ?

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Tombé dans le JV dès son plus jeune âge et ayant passé toutes les étapes du gamer historique (de Pong à …), les chemins de la vie l’ont mené sur bien des pistes et différentes expériences, à l’image d’un poulpe et ses nombreux tentacules (forcément pourpres). Ayant obtenu le trophée « papagamer », désormais son rêve de gosse prend forme : écrire des énormités, déchaîner ses passions et regretter… le manque de donjon dans le dernier Zelda.

2 commentaires
  1. lamyfritz
    9 Sep. 2017 à 10:39 -----> lui répondre

    La fin de l’été suscite chez toi de belles proses. Merci pour la dédicace.

  2. hujyo
    10 Sep. 2017 à 06:35 -----> lui répondre

    bravo pour ce superbe article. je me reconnais dans tes inquiétudes et dans cette perception de la vie qui passe. Plus que jamais, je me rends compte que le jeu vidéo fera toujours partie de nos vies. peut etre moins en tant qu’acteur, mais plus comme outils de transmission. comme toi, je ressens la nécessite de faire partager cette passion a mes enfants, qui je l’espère leur permettra de définir de imaginaires à eux. cela à si bien fonctionner sur nous pendant notre enfance. Mais je reste persuadé que le meilleur moyen de transmettre se fait par les jeux retro que l’on a connu, et par le biais de nintendo aujourd’hui. Les jeux retro ont cette facultés de ne pas en montrer trop et de laisser l’enfant imaginer. (rappelle toi Zelda 3 ou pour une carte ou une image notre imagination partait loin … )
    quand a Nintendo, les univers sied parfaitement à nos petits bambins … mais à nous aussi. je m’évade bien plus avec les univers coloré de Nintendo, quavec les jeux ps4 qui cherchent a reproduire la réalité

    n’est pas aussi là le but de notre passion. Nous faire sortir de notre réalité cruelle ?

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