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[à voir] MUNE : un Ghibli-Dreamworks-Pixar made in France

Une drôle de bestiole que ce MUNE, le Gardien de la Lune, de Benoît Philippon et Alexandre Heboyan, et complètement passé sous mes écrans radars malgré sa sortie fin 2015. Un petit bijou du cinéma d’animation, digne d’un film de Miyazaki, à voir en famille, et réalisé en France s’il vous plaît !

Celà faisait un mois que je n’avais rien regardé du tout, que ce soit des films ou des séries, réservant toute mon énergie réceptive à la sphère médiatique (bien mal m’en a pris), trêve électorale oblige. J’ai ce matin même conclu cette longue abstinence avec Mune, le Gardien de la Lune.


Encore un disque pris au hasard pour mes enfants à la médiathèque. Le dernier de la pile avant de devoir ramener tous les emprunts cet après-midi. Celui que les enfants avaient dédaigné au profit des Petit-Ours Brun et autre Royaume de Ga’Hoole. Et pourtant…

C’est vrai, à leur décharge, que le titre faisait très « Petit Prince » et avait l’air chiant. Mais on est pourtant plus proche d’un Kung-Fu Panda rien qu’à voir la jaquette du DVD. D’ailleurs, c’est vrai que ça s’en rapproche au niveau du rythme et de la qualité de l’animation : Heboyan, un des réalisateurs, un ancien de chez Dreamworks, a bossé sur Kung-Fu Panda. Nous nous retrouvons donc avec un film d’animation moderne, réalisé en 3D, mais avec quelques passages en 2D, notamment lorsque les personnages entrent dans le monde des rêves. Ca bouge bien, c’est beau, très beau même, et fluide. Les décors sont superbes, ainsi que tous les effets de lumière, très importants dans ce film. Je regrette de ne pas l’avoir vu en salle… !


Mune, le Gardien de la Lune est unique en son genre : il est au carrefour des cultures du cinéma d’animation américain et japonais. L’idéal pour un papagamer comme moi, habitué regarder en famille les films issus du Studio Dreamworks, Pixar, et ceux de Ghibli en passant par Albator, Ulysse 31 ou Avatar, le Dernier Maître de l’Air. J’avais déjà renoué avec l’animation japonaise tout récemment avec l’excellent Your Name. Mais je crois avoir préféré Mune pour son extraction culturelle et surtout sa dimension mystique. Ce film me fait un peu penser ces indie games un peu perchés, qui offrent une expérience à la fois marquante, singulière et belle.


Tout d’abord, c’est le côté américain du film qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. L’aspect solaire du personnage de Sohone en est le symbole, ce sera d’ailleurs lui qui conclura le film par un « j’adore les happy ends » avec la voix doublée d’Omar Sy. Tout est dit ! Le scénario est effectivement destiné aux enfants, avec un schéma actanciel éculé et une ligne narrative très prévisible, mais quand même digne d’intérêt. Les personnages sont très tranchés, avec des caractéristiques propres, qui les rapprochent des superhéros américains et, dès le début, on a envie de voir comment ils vont interagir les uns avec les autres, chacun avec leur petite spécificité. Du reste, l’action se déroule presque sans temps mort du début à la fin, ça foisonne à gogo et on ne s’ennuie pas. Un bon point !


Le côté japonais de Mune est ce qui lui fait opérer sa magie. L’aspect lunaire du personnage de Mune, héros du film, en est le symbole : il est le garant (involontaire) de l’équilibre du monde. Comme avec Hayao Miyazaki, on se retrouve en présence d’une fable écologique de premier plan, avec un univers très poétique, coloré et rafraîchissant. Le monde de Mune et ses créatures sont entièrement imaginaires, cependant, il s’agit d’un univers cohérent et autosuffisant, digne d’une description anthropologique de Mircea Eliade, le fun en plus, mais au demeurant très plaisant pour l’esprit occidental rationnel. À travers son charme sensuel, le film thématise l’onirisme en tant qu’absolu, celui-ci devenant à la fois but et moyen : la mise en scène du rêve et du cauchemar, qui fait immanquablement penser à un Rayman Origins, coule de source, sans aucune surreprésentation ni lourdeur narrative ou esthétique, et a l’avantage de repousser les limites d’un thème qu’on aurait pu croire éculé. Il n’en est rien… !


La grande différence entre Mune et les films de Miyazaki et que Mune exclut complètement le monde des hommes. C’est une fable cosmogonique à plusieurs niveaux de lecture, pour parents et enfants (se rapprochant en celà des films de Dreamworks et de Pixar comme Vice-versa) dont l’humanisme se dégage seulement à travers les qualités et les défauts des protagonistes, et comment ils composent les uns avec les autres. Mune n’a aucune ambition sociologique, mais fait réfléchir à la portée des mythes, à l’unité de l’imaginaire humain, et à la composante nécessairement fictionnelle des religions et des paganismes anciens qui font aujourd’hui couler beaucoup d’encre et de sang. Ici, c’est le rêve qui triomphe.

Au risque de spoiler un tout petit peu, je crois que la scène qui m’aura le plus marqué est lorsque l’ancien gardien de la lune se transforme en arbre : Mune voit alors son avenir et sa réalisation ultime, sans qu’aucune transmission n’ait semblé avoir eu lieu… s’en satisfait-il ? Toute l’histoire en découle indirectement, c’est la sagesse ancienne du but et du chemin : le chemin est le but, le but est le chemin. L’homme passe son temps à se focaliser sur sa fin et en oublie de vivre.

Bref, je vous conseille vivement ce film, et en famille !

Lamyfritz

Vieux flibustier chiqueur de pixel et écumeur de poulpe, retiré avec femme et enfants. Engagé comme matelot au temps de l’Amstrad puis comme corsaire à bord de la Megadrive, il décime l’armada 8-bits et harcèle les navires de chez Nintendo. Le PC lui permet d’être son propre capitaine mais il rêve toujours de cette époque d’aventures où le jeu vidéo était encore terra incognita.

3 commentaires
  1. TomTom
    9 Mai. 2017 à 16:47 -----> lui répondre

    « des films de Dreamworks comme Vice-versa » ?
    Mais, mais, mais non! Pas du tout!

    N’empêche, coquille mise à part, Mune réussit un sacré tour de force : faire (bien plus) qu’exister au milieu des monstres habituels du monde de l’animation.
    L’univers du film a un côté magique tout à fait extraordinaire et particulièrement plaisant. Et si la structure du film est très prévisible, la maîtrise dans la narration et la réalisation en font un très bon film qu’on voit (et revoit) avec plaisir

    1. lamyfritz
      9 Mai. 2017 à 17:35 -----> lui répondre

      Je me suis gouré ! J’ai COMPLETEMENT fait l’amalgame entre Dreamworks et Pixar nom de Zeus ! Merci je rectifie.., Je me demandais quel était le potentiel de « revoyure » du film, c’est bien alors.

  2. ozsmoz
    13 Mai. 2017 à 00:53 -----> lui répondre

    Et bien, un des rares films d’animation que je n’ai pas vu. Merci car je vais me jetter dessus de ce pas. Il a l’air vachement sympa. Encore merci pour la découverte. (ou le rappel, je crois l’avoir déjà vu passer quelque part.) 🙂

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