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Les collégiens « équipés » pour devenir encore plus cons

Un billet politique, ce n’est pas tous les jours sur Octopaddle. Une réforme du collège est en route et nous prépare de belles saloperies qu’en tant que trentenaires papagamers et témoins de l’ascension d’internet, nous regardons d’un œil inquiet, enjoué ou indifférent. Qu’attend notre progéniture sur les bancs du collège ? Réactions.

Ca y est : les tablettes tactiles entrent au collège. 300 collèges de France sont des collèges pilotes, au niveau 5e dès cette année. Et à la rentrée de septembre, ce seront tous les 5e qui en seront petit à petit pourvus, puis probablement tous les niveaux. J’ai la chance de pouvoir assister aux premiers désastres de ce dispositif par l’intermédiaire de mes enfants et de mon boulot : chaque 5e du collège de mon secteur a reçu une tablette à 400 balles… 400 balles ! Mais ceci dit, j’ai déjà assisté au même genre d’arnaque il y a près de 10 ans, dans les Bouches du Rhône, avec l’opération « ORIDNA13 » : un ordi portable pour chaque collégien. Je ne vous raconte pas le prix que ça a coûté au contribuable. Le (seul) technicien de maintenance du collège appelait alors le conseil général le « conseil généreux ». Je ne raconte pas non plus le nombre d’ordinateurs cassés, peinturlurés de blanco, aux touches arrachées (en moyenne 7 par jour partaient en maintenance pour être bien souvent remplacés à neuf en toute impunité)… Et puis quand on voit ce qu’est devenu Marseille et ses environs, on ne peut qu’être sceptique sur les bienfaits pédagogiques d’une telle idée.


Avant d’en dire plus, sachez que j’ai toujours volontairement éloigné mes enfants des écrans et des réseaux sociaux et que, pendant tout le collège, lorsqu’un prof exigeait une recherche internet quelconque à mon grand, soit je la faisais à sa place, soit je faisais un mot d’excuse. Je considère qu’internet et que les tablettes/ordis sont des outils destinés aux adultes et n’ont pas leur place à l’école, n’en déplaisent aux progressistes. Et je pense exactement la même chose des DS et autres PSvita. Il suffit de voir les pubs de lancement dans les années 2000 : un mec dans son pieu avec la nana et la console. La cible n’était pas les enfants, à l’époque. Mais ça l’est devenu.


Niveau numérique, réseaux sociaux et écrans, les gosses d’aujourd’hui en ont déjà bien assez, et les parents récalcitrants dont je fais partie se verront maintenant opposer un « c’est pour le collège » par des gamins qui iront s’enfermer tout droit dans la chambre avec la sacro-sainte saloperie numérique tactile sous prétexte de devoirs. Mais la réforme, c’est aussi les cours multidisciplinaires dans lesquels les élèves en apprendront encore moins qu’avant par le biais de thèmes bien lourds (nutrition, écologie, commerce équitable…), pour mieux les rendre encore plus ringards. Ah oui et j’oubliais la suppression des notes qui seront remplacées par des pastilles de couleurs, transformant le moindre contrôle ou bulletin trimestriel en feu d’artifice joyeusement incompréhensible. Chers papagamers, vous en ferez bientôt des cheveux blancs ! Mais c’est là peut-être le prix de la paix sociale, qui sait ? On peut toujours rêver !


En fait, je ne reviens toujours pas de l’irresponsabilité des adultes dans cette affaire de tablettes au collège. Il s’agit évidemment d’une opération marketing de très bas niveau. Des parents crédules pensent que la tablette va alléger les cartables… pauvres dos ! Riches ostéopathes ! Pas de casiers à mon époque, des sacs trimballés sur des kilomètres à pied tous les jours entre arrêt de bus et domicile, et tout va bien 30 ans plus tard ! Les tablettes vont surtout apporter du jeu vidéo viral bon marché (rien à voir avec le type de jeu que l’on traite sur ce blog), de la vidéo humoristique et du porno sous couvert d’éducation. C’est la capitulation absolue, n’en déplaise aux profs « sérieux » et « responsables » qui voient là un « outil » moderne « adapté » aux « besoins » (on peut en dire autant des WC quand on y pense).

En bref : DONNER UNE TABLETTE A UN COLLÉGIEN, c’est DONNER DES BONBONS A UN ENFANT DÉJÀ BOURRÉ DE CARIES. Arrêtons tout de suite les beaux rêves angéliques et les bonnes intentions, qui pavent, c’est bien connu, les enfers que sont devenus la majorité des collèges de France.


Si à Octopaddle nous avons toujours soutenu le jeu vidéo et le numérique comme un vecteur d’élévation personnel, un enjeu politique et économique, ainsi qu’un support éminemment culturel, il me semble que le numérique est également un outil d’abrutissement des masses et de limitation – ou au moins de conditionnement – des libertés fondamentales. J’appelle les parents gamers responsables à refuser cet outil onéreux et abrutissant, à ne pas se faire complices d’un système marchand décérébrant, et à faire eux-mêmes leur cuisine à la maison. C’est aussi une affaire de laïcité, car le numérique est devenu une religion à l’instar de l’argent. Or, celle-ci n’a rien à faire sur l’espace public, ni à l’école. Chacun se démerde chez soi. Ras-le-bol au passage de subir les musiques de merde à fond des portables dans les rues des villes, et jusque sur les balancelles des stations de ski. C’est une mentalité qui ne s’est que trop ancrée dans les esprits. Là on va carrément l’inculquer aux jeunes sur les bancs de l’école. En espérant qu’ils saturent peut être ? Les adultes (et surtout les éducateurs) auront craqué avant !


Il est peut être temps de penser à légiférer sur la notion de rapt d’attention autrefois mis en avant par la célèbre tirade du « temps de cerveau disponible ». Le rapt d’attention devrait constituer un délit, de la même façon que certains risques technologiques constituent un délit – mais cela ferait immanquablement du mal à l’industrie vidéoludique. Nous sommes en présence d’un véritable problème d’anthropologie car les conséquences sanitaires du « tout numérique » sont inévitables, ne serait-ce que d’un point de vue neurologique, et les citoyens (et notamment les citoyens en devenir) ont besoin d’être protégés par les pouvoirs publics de la convoitise d’industries devenues omniprésentes et dangereuses. Et il est regrettable de constater que dans l’école, on a décidé de faire entrer le loup dans la bergerie juste parce que ça fait cool.


Réac ? Oui, et je ne vous demande pas d’être d’accord, contrairement au ministère qui impose une lubie aux enseignants, aux élèves et à leurs parents – bref à toute une société. Mais pas étonnant avec tout ça que les grands pontes de la Silicon Valley scolarisent leurs enfants dans des écoles sans écrans

Lamyfritz

Vieux flibustier chiqueur de pixel et écumeur de poulpe, retiré avec femme et enfants. Engagé comme matelot au temps de l’Amstrad puis comme corsaire à bord de la Megadrive, il décime l’armada 8-bits et harcèle les navires de chez Nintendo. Le PC lui permet d’être son propre capitaine mais il rêve toujours de cette époque d’aventures où le jeu vidéo était encore terra incognita.

4 commentaires
  1. octopaddaone
    11 Fév. 2016 à 23:19 -----> lui répondre

    Punaise, vite tes pilules rouge, verte et orange :))) Je suis d’accord sur un point : l’inutilité de la diffusion pour les élèves d’un outil couteux, dont le résultat sera faible et entrainera bien des convoitises, conflits et casses. Par contre là où je suis moins en osmose avec toi : sur l’utilisation du jeu vidéo par des ado’… Perso, ma game boy ne m’a jamais empêché de bosser (un peu) à l’école et de me construire, de même que ma SNES. Certes avec des limites parentales (qui finalement créaient le désir de jouer), et je crois que tu pointes le vrai défi de ces années à venir : la démission de certains parents qui lâchent tout. Enfin, quel fric jeté par les fenêtres et surtout sans demande du monde enseignant, y aurait-il un copain à rémunérer lors de l’appel d’offres ? Oh que je suis médisant.

    P.S. : pas pu m’empêcher de changer ton illustration par celle-ci, tellement vraie.

  2. lamyfritz
    12 Fév. 2016 à 07:33 -----> lui répondre

    Oh punaise l’illustration ! Un peu rebutante peut être ? Je reviens sur ton comm’ :
    « dont le résultat sera faible » : non, il sera contreproductif, forcément. As-tu lu l’article en lien à la fin du post ? Je le répète, donner une tablette à un collégien, c’est comme donner un bonbon à un gosse plein de caries.

    « ma game boy ne m’a jamais empêché de bosser » : je peux pas en dire autant sur mes gosses et j’ai mesuré l’impact du « bidule » en l’espace de 3 semaines (ceci dit les cartes POKEMON ont eu le même impact) sur les résultats scolaires, le temps de sommeil et surtout l’humeur générale (évolution pokémonèsque de « préado » en « préptikon » puis en « chuikon »). Une seule solution : la suppression. J’ai constaté l’impact plus durable sur les familles locales plus défavorisées où la DS est la nouvelle déesse. La solution de ces familles : scolariser dans le privé. Normal. Mais à l’arrivée, le résultat est le même : ça merde.

     » la démission de certains parents qui lâchent tout » : on y vient, donc. Mais à terme, il est normal que les parents démissionnent. Les miens ont démissionné très tôt. Le problème est que le numérique est un terrain miné, un peu plus qu’à notre époque du minitel. Et il est normal que les enfants transgressent.

  3. TomTom
    17 Fév. 2016 à 16:33 -----> lui répondre

    ça fait peur tout ça. Surtout que d’ici mes minis arrivent au collège, ils ont le temps de faire bien pire d’ici là… Déjà que cette année les appréciations ont disparu des « travaux » faits par les enfants (pourtant un petit smiley qui disait au gamin qu’il avait fait du bon travail, c’était quand même sympa!)

    C’est quand même sidérant le fric qu’on ose dépenser dans ce genre de projet à vocation soit disant éducative…

    Chouette article en tout cas 🙂

  4. lamyfritz
    17 Fév. 2016 à 18:12 -----> lui répondre

    Le Smiley a déjà disparu ? Je le pensais caduc mais pas à ce point !

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